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Rédaction : Claire Prouhet LA CHARTE DE LA COMMUNAUTE DU TANGO ARGENTIN
C'est l'intitulé d'une Charte réecrite en 2008, qui remplace la Charte de 1997 et qui se veut fédératrice autour de la défense d'un tango, culture, art, en perpétuel renouvellement, qui ne peut se figer dans un quelconque style, académisme ou vérité.. Le tango reste un art qui a survécu gràce à la transmission orale et le génie de ses compositeurs, de ses danseurs innombrables et anonymes, qui ont su l'adapter, le transformer, tout en restant fidèle à son âme, qui ont su transmettre leur savoir aux générations suivantes.
J'ai, au nom de l'association ARTEFACTO et en mon nom propre, été partie prenante de la réflexion sur le refus d'un diplôme ou d'une certification pour l'enseignement du tango, et en signant cette Charte, j'ai souhaité prendre une position claire et nette sur l'importance de préserver le Tango de toute tentative de standardisation et sur la nécessité dans toutes les structures associatives de poursuivre la transmission d'une danse d'improvisation qui privilégie la créativité, l'épanouissement du danseur et le respect de l'essence du tango : le Bal.
Avant la rédaction de cette Charte, il y a eu un épisode "échanges" que j'ai initié en janvier 2008 sur le net, et qui a ouvert la voie à un BLOG ou ont été réceptionné et publié ces réflexions sur l'intérêt ou pas d'un diplôme dans le tango : tout a été dit : je vous invite à relire certaines interventions (en fait il y a eu un échange très serré entre un nombre restreint de personnes qui se sont fait porte-parole et défenseurs de la communauté tanguera ) car dans le feu de l'action, mais dans le silence de tous ceux qui n'avaient pas d'avis ou n'osaient pas l'exprimer, il y a eu vraiment de belles analyses , de belles prises de position, de beaux coups de gueule, et c'est bon de savoir qu'il y a dans le tango des personnes qui ont mouillé la chemise, qui ont remué ciel et terre pendant 6 mois, pour "réveiller" une conscience militante contre la tentative de diplôme. LE BLOG : LIRE LA CHARTE : http://diplome.tango.free.fr/charte/print?rec=1%3A0.06887200+1231755830
En Mars 2008, durant mon séjour à Buenos Aires, j'ai réalisé un petit interview auprès de Matias FACIO ( danseur et professeur à Buenos Aires, intervenant à ARTETANGO 2008, et installé à Berlin depuis) que j'ai traduit et publié sur le BLOG en mai 2008 avec son accord (restrictif) : voici les 2 questions auxquelles je l'avais confronté :
"- la transmision del tango (baile o musica) hasta hoy y
como se desarolla el tango en Argentina (escuelas, academias, profesores,clubs..)
- si existe en Buenos Aires cursus, o estudias con
titulo para hacerse bailarin o profesor ? que opines sobre este tema del
titulo ?
Voici sa réponse que j'ai traduite et dont je vous fais part : elle apporte une vision "argentine" de cette danse et de sa transmission, et un avis de la nouvelle génération, qui pas plus que celle qui l'a précédée, ne souhaite voir le tango enfermé dans des cadres.
"C'est une danse, pour laquelle, à partir du premier
moment ou l'homme et la femme se prennent dans les bras, il s'agit pour eux
de réussir à se rencontrer , non seulement d'un point de vue technique mais à
travers le quotidien, l'émotionnel, c'est une danse dans laquelle chacun
s'attache à résoudre cette incertitude anxieuse de la rencontre.. Cette danse
est rendue possible par l'intégration totale par des deux danseurs d' un
code d'écoute-proposition-acceptation-confiance . C'est une
danse "sociale" (sociétale)
Cela signifie que n'importe quelle personne, de
n'importe quel âge, condition physique ou mentale, peut danser le tango et
qu'il n'existe pas une unique, ou deux ou trois uniques forme strictes pour
l'enseigner, mais plutôt qu'il y a de nombreux chemins d'acceptation de
soi-même qui mènent le danseur vers une maturation de sa relation avec cette
danse.
Le danseur plus habile ou qui développe le plus de
capacités est celui qui a su intégrer les codes
d'écoute-proposition-acceptation-confiance déjà mentionnés.
Cette danse, surgit d'un métissage culturel mondial
inégalable, est patrimoine de l'humanité, parce qu'elle reflète toutes les
formes de rapprochement du couple au moment de danser. Les femmes et les
hommes dansent la façon de se mettre en relation, dansent l'histoire qui est
la leur depuis le début de l'humanité.
Le "professeur" ou "maestro" n'est ni plus ni moins qu'
un facilitateur (transmetteur) qui se passionne pour ce travail, pour le
plaisir de partager sa petite ou grande connaissance de cette danse. C'est
clair pour tous , depuis les plus avancés jusqu'aux moins avancés, qu'il y a
toujours à apprendre et que le caractère social de cette danse fait que nul
ne sait avec qui il va danser la plupart du temps : cela implique qu'il lui
faudra rencontrer sur son chemin beaucoup d'hommes et de femmes à différents
niveaux de connaissance : pour cette raison, on ne peut pas parler d'un
apprentissage d'une ou peut-être deux techniques, mais de l'accession à un
code commun pour communiquer : écoute-proposition-acceptation-confiance.
La transmission du Tango à Buenos Aires :
- Il n'existe pas officiellement d'Université du Tango
qui soit reconnue, non seulement au niveau d'un Ministère, mais au niveau
d'un véritable parcours de formation de danseurs.
- La non-officielle Université du Tango, a pour but
simplement, d'amener de plus en plus de personnes au tango, certaines ayant
des vocations tangueras, en leur procurant un lieu ou elles peuvent
développer cet art : chant, musique, danse. Je dois signaler, qu'en tant que
"transmetteur" de cette danse, j'ai beaucoup d'élèves qui proviennent de cette
université , avec des niveaux très bas, dus au fait que ce n'est pas
l'objectif majeur de cette institution que de former des danseurs.
- Il existe aussi une association qui travaille à la
transmission des styles de tango des vieux grands danseurs ("milongueros"),
partant du principe qu'ils furent les porteurs du tango rioplatense, et qu'ils
sont les détenteurs d'une esthétique tanguera d'une valeur inégalable. Les
élèves apprennent à danser "à la manière de.;" mais n'intègrent pas une
connaissance scientifique, puisque cette connaissance-là n'existe pas .
- Quant aux académies de tango, elles échappent à une
technique unique, car tous les professeurs enseignent différemment, puisqu'il
n'y a pas une seule manière de danser mais qu'il y a autant de façon de
danser qu'il y a de danseur
- Il est impossible de dire qui peut être professeur ou
non, car aussi nombreux que nous sommes et de tous niveaux, nous ne sommes que
des passeurs /transmetteurs qui alimentont les danseurs pour qu'ils trouvent
un chemin personnel à l'intérieur de leur propre danse. Nous sommes en même
temps tous, élèves d'autres professeurs , et de nous-mêmes, vu que personne ne
peut détenir dans sa totalité la connaissance née de l'expérience de milliers
de danseurs. "
Matias Facio (Cette intervention a été depuis reproduite, publiée, récupérée dans d'autres revues et sites sans l'accord de Matias Facio, sans le mien, elle a fait le tour de la France comme un trophée, car elle va dans le sens d'un non-diplôme. Même si l'intention est bonne, je déplore cette récupération qui a suivi .. mais comme d'hab, il y a les résistants de la dernière heure, prompt à s'associer quant tout est terminé, prompt à faire leurs les paroles, réflexions des autres, et à se livrer au prosélytisme ..) Suite à ce grand débat de fond qui a animé le Web, le
Blog et les réunions que nous avons organisé, à Marseille, Toulouse, Lyon..
j'espère que le Ministère de la Culture aura d'autres
projets en tête plus utiles que la création d'un diplôme pour l'enseignement
du tango. Si on réfléchit à ce qui se passe à Buenos Aires : là-bas tout existe, tout est possible, c'est le pays de la liberté d'entreprise ou tout le monde trouve son intérêt : laisser venir un max de touristes tango qui vont laisser un max de devise sur place : et dans tous ce flot il y a beaucoup de "naïfs" qui vont se laisser refiler des cours bidon, qui vont aller dans des "académies" au nom pimpant, qui vont s'étourdir de cette offre gigantesque, tous azimut... danser dans les milongas, prendre des cours particuliers, des stages, et essayer de progresser, de glorifier leur égo, de chercher le plaisir .. en "s'achetant" le tango ! c'est toutes ces énergies et ces dépenses d'énergie qui rend le tango vivant, insaisissable, inaléniable, qui provoque son évolution permanente, et qui fait le charme de ce voyage à la Mecque du tango ! on est tous réduit à se frayer un chemin dans ce fatras et c'est un vrai parcours initiatique .. Alors finalement que des gens qui n'ont plus de boulot, ou qui veulent arrondir leur fin de mois veuillent "essayer" de vivre du tango , qu'importe !! c'est aussi ce qui se passe en Argentine ! aux apprentis danseurs à faire la différence , à savoir choisir avec qui ils veulent apprendre sans se laisser "bluffer" ! tout le monde sait qu'il faut une longue maturation pour pouvoir enseigner , et en France nous n'avons guère que 20 ans derrière nous de construction d'un enseignement du tango! Depuis 3/4 ans , les danseurs-professeurs "VRP du tango" se disputent le territoire : ils le sillonnent en accumulant les contrats (stages , cours, et démos), ont leur portrait dans toutes les revues (il faudrait d'ailleurs faire un classement des photos de mauvais goût, ya de quoi faire !!) , des noms qui sonnent argentin parce qu'ils le sont, mais pas toujours (c'est plus "vendeur").. Mais ce n'est pas parce qu'ils sont devenus voyants, qu'il faut se laisser aveugler ! Car à côté de toute cette offre, à la fois amateuriste ou en voie de professionnalisation, il y a les vrais "transmetteurs" de la première heure, qui sont nos inspirateurs et nos guides, et c'est surtout en pensant à la qualité de leur travail et à leur constance que j'ai élevé la voix contre un diplôme qui sanctionnerait un parcours figé ! Alors souhaitons que le Ministère de la Culture nous laisse en paix et nous laisse déguster cette liberté de tanguer au rythme de notre passion !
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